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Fév 28 2014

Antoine Jean, le mouton noir engagé de l’agriculture régionale

Article de la Voix du Nord du lundi 24 février 2014 

Il incarne à lui seul l’opposition militante au modèle dominant d’une agriculture intensive, productiviste et financiarisée. Le porte-parole de la Confédération paysanne est une voix différente à écouter alors que le Salon de l’agriculture tente à Paris de rapprocher le monde agricole du grand public. Voyage à Nomain, près d’Orchies.

PAR YANNICK BOUCHER

Avec ses chèvres près d’Orchies, une recherche d’équilibre entre la ferme et le combat syndical.

PHOTO MAX ROSEREAU

Il dénonce « le culte 
de la performance » ou
« la course obsessionnelle à la production ».

Jean de Florette venait de la ville et dut se battre pour se faire accepter à la campagne du roman de Pagnol. Quand le petit garçon de la ZUP de Mons-en-Barœul posa son cartable à Nomain, il n’avait que neuf ans mais savait déjà ce qu’il ferait plus tard. Oui. Fermier, avec les animaux, dans la nature. Son père Marcel cravachait aux bancs d’essais de l’usine Peugeot monsoise, résigné à nourrir sa famille par l’industrie alors qu’il ne rêvait que d’agriculture. Antoine a quatre frères et sœurs, une maman « au foyer»… Son arrivée à la campagne est encore profondément gravée dans sa mémoire.

Le monde meilleur

« C’était en juin 1974 et c’était le paradis. Mon père avait franchi le pas, il élevait des poules qu’il vendait aux salariés de Peugeot, via le comité d’entreprise. A l’époque, en 1974, j’avais l’impression d’un monde meilleur, les agriculteurs avaient l’air de bien vivre de leur travail. Il y avait 72 fermes dans le coin, il n’y en a pas plus de 20 aujourd’hui. » Il a des principes, Antoine Jean. «Trois petites fermes valent mieux qu’une. » « Il ne faut pas manger son voisin. » « Et encourager les jeunes à s’installer à des prix raisonnables, soit entre 3 000 et 4 000 euros l’hectare et non 10000 à 15000 euros comme c’est souvent le cas ! »
Le leader syndical ferraille souvent contre la FNSEA, syndicat dominant d’une agriculture conventionnelle fortement représentée à la chambre régionale d’agriculture. Entre prises de becs et fleurets mouchetés, on assiste au jeu de l’opposition des modèles. Antoine Jean est faucheur volontaire d’OGM, remplace l’azote de synthèse par celui de la luzerne, et prône le circuit court contre le circuit long de produits dénaturés par les exigences des industriels qui les transforment ou par la pression des grandes surfaces. En première ligne dans le combat contre la ferme usine des 1 000 vaches près d’Abbeville mais pilotée depuis le siège de Ramery à Erquinghem-Lys, il dé- nonce « le culte de la performance » ou «la course obsessionnelle à la production » de nombreux collègues. « Je ne fais pas fortune avec mes fromages de chèvres mais je vis bien et je peux militer », dit-il en expliquant ses douze heures de travail par jour tous les jours. Là, il n’est pas le seul. Les agriculteurs méritent crânement leur salaire, du moins quand ils parviennent à s’en faire un.

BIO EXPRESS

48 ans, quatre enfants. Né à Lille, grandit à Mons-en-Barœul et Nomain quand son père s’installe en 1979.

Il reprend la ferme fromagère en 1991, y élève 60 chèvres et 40 vaches laitières sur 30 hectares. Il adhère à la Confédération paysanne en 1991 et en deviendra le porte- parole. Première manifestation contre l’extension d’un gros exploitant agricole à Arleux. Le syndicat dispose de 500 adhérents en région et de 17 % des voix aux élections professionnelles (55 % pour la FNSEA). 

 

 


Antoine Jean le 25 novembre dernier lors de la réunion de soutien à AIVES 

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