Accueil

AnneV

Ci-dessous, un article des « Dernières Nouvelles d’Alsace » sur Anne VONESCH,

AIVES est une des associations fondatrices du Collectif Plein AIr !

 

 

Article des Dernières Nouvelles d'Alsace : Empathie animale

Militante du bien-être animal dans les élevages agricoles, Anne Vonesch, vice-présidente d’Alsace Nature veut réhumaniser les actes d’achat et de production de viande ou de lait.

Qu’on ne s’y trompe surtout pas. Elle n’est pas une de ces personnes qui aiment les animaux plus que les hommes, bien au contraire. C’est par amour de l’humanité qu’Anne Vonesch milite « pour l’empathie et l’altruisme, la solidarité et le partage, pour la protection des plus faibles, de ceux qui ne peuvent se défendre ». Et si elle a choisi il y a une vingtaine d’années de prendre fait et cause plus particulièrement pour les animaux d’élevage, c’est parce que personne ne semblait se soucier d’eux et que la question du bien-être animal était confidentielle voire occultée en France.

Elle y est d’ailleurs venue par des chemins de traverse, au sein d’Alsace Nature dont elle est aujourd’hui vice-présidente en charge de l’agriculture. Devenue membre de l’association fédérative régionale de protection de l’environnement dans les années 80 pour défendre le ried de la Bruche menacé par un projet de canalisation, elle s’est d’abord familiarisée au fil des dossiers traités avec l’écologie de rivière, les transports, l’aménagement du territoire et la pollution atmosphérique.

Dans les années 90, Alsace Nature s’est lancée dans une réflexion approfondie sur les liens entre l’agriculture et la nature. Le président de l’époque lui avait demandé de se charger de la question de l’élevage. « C’est là que j’ai découvert qu’il n’y avait pas une truie dans le Bas-Rhin qui pouvait se retourner dans sa case ». Sa première visite d’une porcherie et surtout la vision de toutes ces truies gestantes entravées dans des cases à tubulures métalliques la marqueront à jamais (lire ci-contre). « C’était le départ d’une nouvelle étape dans ma vie », confirme-t-elle.

Un élevage humain, c’est jouable 

Ses formations de théologie protestante puis de médecin, ajoutées à une vision du monde centrée sur le respect de la création, ne sont sans doute pas étrangères à son engagement pour l’environnement et les êtres sensibles. Comment peut-on rester sans réagir face à la douleur de ces volailles transportées sans ménagement vers l’abattoir (10 % de fractures sont tolérées), de ces poules encagées les unes sur les autres sans voir la lumière du jour, de ces porcs castrés à vif, de ces boeufs écornés, de ces veaux enlevés à leurs mères ? Comment peut-on seulement accepter sans sourciller que les animaux de réforme soient envoyés par bétaillères ou bateaux dans des conditions déplorables vers l’Afrique ou le Moyen-Orient ?

Elle ne le comprend tout simplement pas et se bat dès lors pour réveiller notre sensibilité d’autant « qu’avoir un élevage humain, c’est jouable ». On peut abolir les cages-batteries au profit de l’élevage sur litière ou mieux, en liberté sur pâturage.

Sa démarche n’est en effet pas extrémiste et contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle mange de la viande. « De la viande bio », précise-t-elle parce que plus respectueuse de l’animal « même si en France ce n’est pas la panacée ». Elle reconnaît la place de la viande dans la chaîne alimentaire écologique et naturelle, la fonction de recyclage du porc et de la volaille. « Mais de là à faire de la production de masse et détruire l’environnement, à faire subir aux animaux ce qu’on leur fait subir… »

Double loyauté

Ce qui la différencie des radicaux, c’est qu’elle garde toute sa sympathie aux gens. « Je suis loyale envers les animaux, je suis loyale envers les éleveurs. Simplement, on n’est pas obligé de faire de l’élevage un métier de brutes ».

Elle croit aux petits élevages en plein air, à l’abattage à la ferme, à l’étourdissement dans le milieu de vie de l’animal. « On devra manger moins de viande », ce qui sera de toute façon bon et pour notre santé, et pour la planète. « On pourra alors se permettre de la payer plus cher ». C’est tout l’esprit de la campagne « Des prix justes pour le respect du vivant » qu’elle a menée l’année dernière avec Alsace Nature en faisant se rencontrer le public avec des éleveurs ou des distributeurs.

Cofondatrice du collectif Plein Air

Anne Vonesch est la première à reconnaître que la mission qu’elle s’est choisie est des plus difficiles. Car rien n’est moins évident que de s’opposer au monde de l’élevage, surtout quand on est une femme, hors du sérail qui plus est. « heureusement mon mari et mes enfants me soutiennent. Tout le monde autour de moi s’accorde pour dire que la cause est juste. N’empêche que c’est dur. Il y a beaucoup d’échecs, on est face à un mur, un système verrouillé sur lui-même ».

Mais son apparente timidité cache une étonnante détermination et à force de ténacité, Anne Vonesch est maintenant reconnue comme une experte en son domaine.

Sous son impulsion, Alsace Nature a cofondé le collectif Plein Air, association informelle pour coordonner au niveau national la promotion d’élevages respectueux de l’animal. Le collectif dénonce les projets industriels, milite pour des avancées législatives (« au minimum pour que la réglementation européenne soit appliquée en France »), lance des pétitions, informe le public et sensibilise le consommateur.

Elle est la référente « bien-être animal » de la fédération France Nature Environnement et représente le Bureau européen de l’Environnement au niveau des groupes de dialogue civil sur les productions animales auprès de la Commission européenne. Quand elle ne bataille pas contre des fermes de taurillons ou des extensions de poulaillers industriels en Alsace, elle écrit au ministre de l’Agriculture ou aux parlementaires pour s’inquiéter du poids des lobbies dans les pseudo-études scientifiques en matière de bien-être animal ou pour demander des enquêtes sur les conditions d’abattage.

Outre la suppression prioritaire de la souffrance, « on argumente sur les besoins comportementaux des animaux qui actuellement ne sont pas pris en compte par les normes minimales de leur protection ». La puissance de l’industrie agroalimentaire est telle qu’il faut être sur tous les fronts, y compris sur le label rouge ou le bio plus porté en France sur la sécurité alimentaire que sur le bien-être animal. « Autant le poulet fermier élevé en plein air label rouge est formidable, autant le même label appliqué aux porcs est minable tellement le niveau d’exigence est bas ».

Grâce à Thierry Schweitzer, éleveur de porcs à Schleithal qu’elle a conseillé en son temps sur l’aspect du bien-être animal, elle peut donner un exemple d’un élevage respectueux des animaux économiquement viable. Il y en a d’autres en Alsace comme les fermes Durr, Faust, Jost ou le domaine du Geissberg « mais Thierry Schweitzer est sans doute le plus incisif pour avoir choisi la filière longue via la grande distribution alors que les autres font plutôt de la vente en direct ».
La faisabilité pratique comme économique des bonnes pratiques est un argument primordial pour convaincre, même si faire seulement réfléchir le consommateur aide aussi. À force de pétitions, de réunions d’information, de tractages contre les projets d’élevages intensifs, « je remarque qu’à côté des nuisances redoutées, les gens parlent de plus en plus des animaux ».

Le bonheur dans le pré

Au bout du compte, ce qui importe à Anne Vonesch est que les animaux aient une vie heureuse. Rien ne sert de se focaliser sur l’abattage si tant est que ce soit sans supplice inutile. « Le bien-être animal, c’est une vie accompagnée de moment de bonheur et de jeux. Le stress chronique, la privation, la frustration sont à l’inverse une souffrance constante ». Un élevage respectueux suppose de bien connaître les besoins physiologiques des bêtes. Et de les prendre en
compte évidemment.

Elle n’aime pas évoquer le bien-être animal « à travers l’égoïsme de la consommation humaine. En termes d’éthique, quand on a un animal d’élevage, on le traite bien, on le mange et on mange tout », insiste-t-elle. Le gaspillage animal n’est qu’une preuve de plus de l’indifférence dévastatrice des éleveurs et des consommateurs.

La stupidité humaine est tout aussi terrible que la cruauté. « Il faut tout le temps faire attention, dit encore celle qui surveille et étudie le moindre projet d’installation ou d’extension d’un élevage. Il est dans notre nature de vouloir toujours plus mais il est inconcevable de le faire au détriment des espèces sensibles sans défense ». Cela en dit malheureusement long sur nos sociétés parce qu’à partir du moment « où on laisse faire des comportements d’exploitation des plus faibles, on va à l’encontre des logiques de paix ».

Une réflexion doublement motivante pour faire évoluer les droits des animaux.

61 %

173 des 283 millions de tonnes de céréales consommées dans l’Union Européenne, soit 61 %, sont destinés à l’alimentation animale (contre seulement 23 % pour la consommation humaine). « Il faut faire tourner l’élevage, faire du volume, faire des “fermes aux 1 000 vaches” pour nourrir la filière céréales. Tout se tient malheureusement, y compris le recours aux pesticides. »

 

 

 

Voir aussi l’ article :  De l’autre côté de la vitre froide (Dernières Nouvelles d’Alsace)

 

Lien Permanent pour cet article : http://www.aives.fr/